La liberté et la patrie en échange du silence : voilà une proposition séduisante, surtout pour un patriote américain comme l’est Snowden. Néanmoins, cette proposition est peu avantageuse pour un humaniste et un militant acharné de la vérité. En l’occurrence, au faîte de sa popularité et avant d’avoir obtenu un asile provisoire en Russie, Snowden s’est proclamé militant des droits de l’homme, révélateur des méthodes illégales des services secrets.
Or, les raisons de Washington sont claires. Craignant que Snowden dispose toujours de 1,5 million de documents secrets, les Etats-Unis espèrent avoir des garanties que ces informations ne seront pas révélées. La nouvelle proposition de Washington est une façon d’engager Moscou à coopérer afin d’extrader l’ex-agent de la CIA, estime l’expert de l’Institut des Etats-Unis et du Canada Vladimir Vassiliev.
« Je crois que Snowden a porté un coup colossal aux intérêts nationaux des Etats-Unis. Selon les directeurs du Comité de renseignement du Sénat, il n’est pas question de pardonner Snowden. C’est l’opinion du Parlement. Pire : pas question d’amnistie. Après WikiLeaks, les Etats-Unis craignent de ce type d'incident. Snowden apparaît comme une des personnes les plus populaires au monde dans le dernier numéro du Times. Les Etats-Unis ont peur de sa popularité. »
Par contre, cet avis n'est pas partagé par le patron de la NSA, le général Keith Alexander, qui s’oppose à l’amnistie, ainsi qu’une grande partie de ses collègues. Apparemment, cette position sans compromis n’est pas très logique, parce qu’il vaut mieux sans doute sacrifier la punition d’un citoyen américain afin de garder secrètes les données de la plus grosse corporation dans le domaine de la sécurité. Les Etats-Unis doivent choisir entre deux maux : s'apprêter à des nouvelles révélations, ou pardonner leur auteur. Au micro, le directeur de l’Institut de la planification et du pronostic stratégique Alexandre Goussev.
« La dernière proposition des Etats-Unis concernant le retour de Snowden dans sa patrie semble masquer un autre déroulement des faits où l’ex-agent sera arrêté. Or, ni lui, ni ses amis et collaborateurs sur lesquels il s’appuie dans son activité, ne vont collaborer avec les Etats-Unis ni la CIA. Il projette sans doute de trouver un pays convenant, la Russie ou un autre, mais pas les Etats-Unis. D’ailleurs, la question suivante se pose : comment peut-on amnistier une personne qui n’a même pas été jugée ? »
Pour l’instant, nous ignorons quelle décision va prendre Snowden. Une chose est pourtant claire : il a terni la réputation des Etats-Unis surtout aux yeux de l’Europe. Cela traduit la crise actuelle entre Washington et la plupart des capitales européennes. C’est pourquoi il est peu probable que Snowden soit pardonné.
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